20 février 2018

Comme une respiration (Jean Teulé)

Résumé :
"De l'air !" Dans les trains, les métros, de Souillac à Dijon, de Paris à Besançon, c'est le même cri d'une même aspiration. Dans la vie qui va vite, Jean Teulé écoute le souffle de ses contemporains, le chant des oiseaux entre des murs bretons, le vent du large et les soupirs, les derniers râles et les premières exhalaisons.
Celui qui sait trouver les cerises dans le plus sévère conifère sait qu'il suffit de l'attraper au vol, comme elle va et vient : l'inspiration...

Mon avis :
Ça faisait un moment que je n'avais pas lu Teulé. Je ne suis toujours pas fan des recueils de nouvelles mais bon, c'est mon Teulé.
Avec son verbe habituel, Jean Teulé nous raconte la vie. Le temps, l'amour, la mort, les drames et les bonheur. Ces nouvelles sont universelles. Les rêves et espoirs, envolés ou réalisés. Le quotidien.
C'est beau et poétique.
Mais vraiment trop court. 140 pages de nouvelles de 2 pages. Franchement, je dis non.
Il y en a des magnifiques, vraiment. Je crois que ma préférée est la toute dernière. C'était beau.
Il y en a qui sont un peu en dessous.
Mais globalement, c'est du pur Teulé. J'ai passé un bon moment mais c'était bien trop court, dommage. Teulé excelle dans le pavé, pas dans la nouvelle.

18 février 2018

Cosmétique de l'ennemi (Amélie Nothomb)

Résumé :
"Sans le vouloir, j'avais commis le crime parfait : personne ne m'avait vu venir, à pat la victime. La preuve, c'est que je suis toujours en liberté."
C'est dans le hall d'un aéroport que tout a commencé. Il savait que ce serait lui. La victime parfaite. Le coupable désigné d'avance.
Il lui a suffi de parler. Et d'attendre que le piège se referme.
C'est dans le hall d'un aéroport que tout s'est terminé.
De toute façon, le hasard n'existe pas.

Mon avis :
Ah, quel plaisir, quel délice de retrouver Amélie Nothomb. Chaque fois je me régale. Nothomb, ça se savoure en se lisant rapidement, on se delecte de ses histoires, de la manière de raconter le monde, de le critiquer.

Jerome Angust attend dans un aéroport un avion. Le vol est retardé et il n'y a rien de pire que de tourner en rond dans un aéroport sans savoir combien de temps le supplice va durer. Rien de plus triste qu'un hall.
Et c'est precisement quand il commence à perdre patience qu'un homme l'aborde. Comme ça, sans raison. Et bla bla bla et bla bla bla. Personne ne peut l'arreter. C'est fou, pas possible d'avoir la paix 1h.
Il faut dire que cet inconnu est plutot du genre flippant. Sans demander, il raconte son enfance, ses experiences plus que loufoques. Et vas y que je m'incruste, aussi.
Le malaise est là. Il s'accroche, il s'enfonce.
Le danger arrive, le pire est là.

Tout dans ce court roman est fabuleux, comme toujours.
Les personnages sont bien plus complexes qu'ils ne semblent, l'auteure se montre encore très critique.
Et finalement de l'exterieur la situation de Jerome Angust est assez cocasse. Ou triste. Enfin, elle prete à sourire, de là où on est.

Et la fin. La fin. <3

On ne voyait que le bonheur (Grégoire Delacourt)

Résumé :
Antoine, la quarantaine, est expert en assurances.
Depuis longtemps, trop longtemps, il estime, indemnise la vie des autres. Une nuit, il s'intéresse à la sienne, se demande ce qu'elle vaut vraiment. Par une introspection sans concession, il nous entraîne au cœur de notre propre humanité, lui qui ne s'est jamais remis de son enfance, ballotté entre faux bonheurs et réelles tragédies.
Orchestré en trois mouvements, du nord de la France à la côte ouest du Mexique, On ne voyait que le bonheur explore aussi le pays de l'adolescence. Et montre que le pardon et la rédemption restent possibles en dépit de tout.

Mon avis :
NON. NON.
Le pardon et la rédemption mon cul ouais.
Je vous laisse chercher sur google toutes les affaires d'infanticides, ces "drames familiaux" (mon cul), quand des pères décident de tuer leurs enfants (et eux) parce qu'ils sont divorcés et/ou ont perdu leur boulot. Les infanticides et les violences intrafamiliales sont impardonnables.

Je suis horrifiée par ce bouquin. La fin m'a mise dans une colère noire comme jamais.
Antoine vit une enfance de merde. Ses parents s'aiment moyen moyen et ne savent pas l'aimer non plus. Il grandit sans amour, sans modèle. Il n'a que sa petite sœur, qu'il chérit et chouchoute. Ils resteront proches, soudés comme jamais, toute leur vie.
Antoine rencontre Nathalie. Ils s'aiment, se marient, font un enfant, se déchirent, recollent les morceaux. Et se séparent.
Puis il perd son boulot.
C'est trop pour Antoine. Il a absolument tout raté dans sa vie.
Alors il prend un flingue. Et après avoir passé la meilleure journée de leur vie ensemble, le soir, il décide de tuer ses enfants et se suicider ensuite. Pour que plus personne ne souffre (et la mère des gosses, on s'en branle ?).
Rien que ça, ça me fout dans une colère noire. Non, quand notre vie est ratée, on ne flingue pas des innocents avec nous. Tes gosses n'ont rien demandé, ils ont peut être encore envie de vivre. Ta vie est merdique ? Suicide toi tout seul, sans tes gosses.

Antoine nous raconte sa vie, son enfance, ses parents, les drames qui ont traversé le temps. C'est terrible. Aucun gamin ne devrait vivre ça. Les divorces, les parents absents et handicapés des sentiments, la mort.
Inconsciemment Antoine a répété le schéma. Il n'a vécu que ça alors il reproduit le seul modèle. Les silences, les mots d'amour qui ne sortent pas, la séparation.
Évidemment j'ai eu de la peine pour lui. Personne ne devrait être malheureux, aucun enfant ne devrait souffrir.

Joséphine, l'adolescente survivante à la mâchoire à moitié éclatée, nous raconte son expérience. On est son psy, elle réapprend à parler, pour mieux cracher sa haine envers Le Chien. Elle se demande pourquoi il a voulu la tuer (hé oui.), qu'est ce qu'elle a pu faire pour mériter ça.

Le pire dans ce roman, c'est que l'écriture de Grégoire Delacourt est magnifique, poétique. Mais je suis révoltée par ce bouquin.
A quel moment on décide de romantiser les violences intrafamiliales ? A quel moment on pardonne la tentative de meurtre ? A quel moment on s'offre une seconde chance, une nouvelle famille, à l'autre bout du monde après avoir tenté de tuer son enfant parce que NOTRE vie est pourrie ? Mais crève, seul et en prison, ouais !

J'ai vu l'été dernier la pièce au festival d'Avignon, adaptée et jouée par Grégori Baquet. J'ai trouvé la mise en scène et le jeu sublimes. Mais la fin m'avait déjà mise hors de moi. Je savais que le livre me mettrais en colère. Mais je l'ai lu quand même, justement parce que je l'ai vu sur scène, et je voulais comprendre, j'avais la curiosité de l'écriture.

Je vous laisse méditer sur une phrase de la postface de l'auteur : "Il est, ce livre, un lien d'amour vers tous ceux qui [...], comme dans mille faits divers, entraînent dans leur peine ceux qu'ils aiment le plus"
C'est à ce moment là que j'ai regretté de ne pas avoir de cheminée.

13 février 2018

Les morsures de l'ombre (Karine Giébel)

Résumé :
Elle est belle, attirante, disponible. Il n'a pas hésité à la suivre pour prendre un dernier verre.
A présent il est seul, dans une cave, enfermé dans une cage. Isolé. Sa seule compagnie ? Sa séductrice et son bourreau. Et elle a décidé de faire durer son plaisir très longtemps. De le faire souffrir lentement.
Pourquoi lui ? Dans ce bras de fer rien n'est dû au hasard. Et la frontière entre tortionnaire et victime est bien mince.

Mon avis :
Ce qui est bien quand on commence un Giebel, on sait de suite qu'on va en ressortir complètement torturé.e, les nerfs et les batteries à plat.
Parce que Karine Giébel adore rendre le lecteur complètement dingue.
Et je me suis encore faite avoir. En commençant je me suis dit "bon, de toute manière je sais comment ça va finir".
Oui ok alors j'étais pas bien loin, mais le problème c'est qu'avant la fin, y'a une histoire à lire. Et c'est là, le coup de poing dans le bide.

Ben est un flic amoureux et infidèle. Oui oui. Il aime clairement sa femme mais aime séduire, il en a le physique et donc ne se gêne pas.
Alors un soir, il tombe sous le charme de cette magnifique jeune femme.
Pour mieux se réveiller enchaîné dans une cave sombre, et seul.

Pendant trop de temps, Ben va survivre privé de tout. De temps en temps sa tortionnaire viendra bien lui rendre visite, pour régler ses comptes.
Ben est désespéré et cette jeune femme clairement folle.
Comment espérer s'en sortir alors même que la police n'a aucun début de piste ? Combien de temps va durer le calvaire ?

Encore une fois, Karine Giébel m'a tuée. J'avais un petit soupçon sur un personnage précis, mais je me suis bien plantée, et j'ai adoré ça.
Comme toujours, je suis absolument pas d'accord avec cette fin, je suis super blasée ah ah.
Et puis, la fin nous laisse justement plein de regrets et de questions. On ne peut pas s'empêcher de se dire "oui mais si" "et puis il aurait du faire ça" etc. C'est super rageant quoi.

Mais l'histoire est supra triste en plus ! Les personnages sont tous plus top les uns que les autres, j'ai trouvé tout ça hyper prenant. Et puis l'épouse de Ben, quel personnage !
Toute cette violence, cette haine, cette hargne qui ronge.

Bref, sans surprise j'ai adoré mais clairement va falloir arrêter de foutre mes nerfs dans tous les sens madame hein.